LES VACANCES D'HERCULE POIROT - Agatha CHRITIE

Participant au club de lecture de Babelio, voici mon compte rendu (ou ma critique mais peut on critiquer Hercule Poirot ????)

Séjournant dans un hôtel de luxe sur la côte du Devon, Hercule Poirot remarque rapidement le drame amoureux qui se joue entre Patrick Redfern, son épouse délaissée Christine, la « croqueuse d'hommes » Arlena Marshall (elle-même mariée et belle-mère d'une adolescente complexée) et son mari Kenneth. Lorsqu' Arlena est assassinée au cours d'un bain de soleil isolé, divers indices semblent un moment désigner son mari comme coupable. Hercule Poirot, comme à son habitude, démêlera l'écheveau d'une machination compliquée, écartant une à une les fausses pistes, pour faire apparaître la vérité au grand jour…

L'intrigue, qui utilise le ressort classique du trio mari-maîtresse-épouse délaissée, déjà utilisée dans la nouvelle Trio à Rhodes (Triangle at Rhodes), bien évidemment compliquée par une machination criminelle non apparente.

Faisons le tour des suspects que nous avons à nous mettre sous la dent.

Le révérend Stephen Lane n'est pas un personnage très sympathique. Il est très sectaire, obsédé par le Démon et les femmes impures, mais il n'est pas coupable du meurtre d'Arlena Stuart. Souvent, dans l'oeuvre d'Agatha Christie, les pasteurs et révérends sont présentés comme des individus rétrogrades, mal foutus et mal habillés, c'est triste, mais c'est leur rôle d'être comme cela. Ils doivent prêcher et représenter la vertu. Ils n'ont pas à être rigolos. Stephan Lane est ni plus ni moins sympathique que Mildred Strete, dans Jeux de glaces. Les pasteurs ne sont pas gais, mais ils sont honorables. Ils ne sont jamais coupables de crimes graves. Théoriquement, Stephen Lane ne pouvait pas être coupable, à moins d'être un faux révérend.

Emily Brewster est un personnage un peu bizarre et suspect, parce qu'elle est à mi-chemin entre l'homme et la femme, mais on peut se demander si elle aurait pu étrangler Arlena Stuart. Aurait-elle eu la force nécessaire et la possibilité matérielle de commettre le crime ?

Linda Marshall est suspecte à cause de son apparence, de ses attitudes et de sa mère, une femme qui a été accusée d'avoir empoisonnée son mari. L'anecdote au sujet de Ruth Martingdale ressemble à un fait divers morbide, dont Agatha Christie pouvait se délecter. On retrouve une histoire semblable dans Jeux de glaces. Quand une femme est accusée d'avoir assassiné son mari, cela annonce des jours sombres pour ses descendants. Le désordre appelle le désordre.

L'histoire de Ruth Martingdal est captivante, parce qu'on peut toujours entretenir le doute au sujet de la culpabilité de l'accusée. L'accusée était-elle coupable ? L'accusée était-elle innocente ? L'accusée a-t-elle été condamnée en étant innocente ou a-t-elle été acquittée en étant coupable ? Etc. Etc. Etc. On ne s'en lasse pas !

Dans ce roman-ci, il est précisé que Ruth Martingdale était innocente, comme sa fille. Linda Marshall ne jouait qu'un rôle de suspecte, ça en prend dans les romans policiers.

Horace Blatt joue un rôle de leurre. Il est tellement grossier et odieux que personne ne recherche sa compagnie, mais il est trop suspect, trop tôt. Blatt a bien quelque chose à se reprocher, mais c'est un trafiquant de drogue et pas l'assassin d'Arlena Stuart.

Les Gardener pourraient être suspects, mais ils ressemblent plus à une caricature du couple bourgeois. L'épouse parle continuellement, tandis que le mari se tait ou se contente d'approuver. De plus, Carrie Gardener est une amie de Cornelia Robson de Mort sur le Nil, ce qui est une recommandation qui en vaut bien d'autres.

Les autres suspects se divisent en deux couples apparemment égaux, à première vue. Rosamund Darnley et Kenneth Marshall et les Redfern. Pour trouver les coupables, il faut essayer de savoir qui sont les vrais et qui sont les faux.

A cet égard, on est sûr de l'identité de Rosamund Darnley, qui est une personne célèbre, la propriétaire d'une grande maison de couture et Rosamund Darnley est une amie d'enfance de Kenneth Marshall.

Kenneth Marshall pouvait difficilement être le coupable, parce qu'il est décrit généralement positivement, qu'il est aimé par Rosamund Darnley et que, dans le cas du meurtre d'une femme, le mari est quand même le premier suspect. Il aurait été un peu ennuyeux qu'il soit le coupable.

Si l'on est sûr de l'identité du premier couple, on est pas sûr de celle des Redfern. C'est là le problème. Christine Redfern était apparemment une femme honorable, pas trop jolie, entièrement dévouée à son mari, mais c'était une actrice qui jouait un rôle. Aurait-on pu le pressentir rapidement ? Peut-être parce que les Redfern semblaient un couple mal assorti : une femme maladive avec un homme séduisant et vigoureux. Ce genre de couple pouvait-il réellement fonctionner ?

Patrick Redfern avait la force physique et la possibilité matérielle de commettre le crime. Un fait souligné à plusieurs reprises est la difficulté de se rendre à l'endroit où était Arlena Stuart, sans être vu. Quoi de mieux que d'y aller au vu et au su de tout le monde avec Emily Brewster ?

Il y a toujours beaucoup de suspects, dans les romans d'Agatha Christie. Elle utilise une technique que l'on pourrait appeler la technique du leurre. C'est-à-dire qu'il y a plusieurs suspects et que chacun a quelque chose à se reprocher, mais pas le crime principal. Parmi les suspects, il peut y avoir un mari qui trompe sa femme, un voleur, un trafiquant de drogue, un faux-monnayeur, etc. Le lecteur est attiré par le leurre, jusqu'à ce qu'il connaisse la raison du comportement bizarre du suspect. Quand tous les leurres ont été éliminés, il nous reste le coupable principal.

Cette lecture a eu lieu après avoir vu la série diffusée à la TV avec David SUCHET tout à fait inoubliable dans le rôle d'Hercule Poirot. Je connaissais donc le meurtrier et comment il avait procédé. Ma lecture a donc été dictée par une volonté de percer les méthodes d’Agatha Christie. Je me suis demandé : "Agatha Christie permet-elle réellement aux lecteurs de deviner le meurtrier et son mode opératoire?". Et bien, après lecture, je peux vous répondre que si le meurtrier peut être découvert, le mode opératoire est bien difficile à débrouiller, tant Agatha Christie se plaît à créer de fausses pistes et à enfouir certains détails importants dans le flots des informations. Ainsi le don de Poirot à percer le mystère est d’autant plus extraordinaire, et n’est pas Hercule qui veut !

Ce fut une lecture fort agréable pour plusieurs raisons. Tout d’abord par la peinture des différents personnages so british. Chaque personnage secondaire a droit à un traitement particulier qui lui donne une densité et le rend particulièrement vivant. Mais aussi, l’art d’Agatha Christie qui consiste à rendre suspect tous les personnages, ou presque, entraîne des interrogations, et rend le lecteur actif. Enfin l’intrigue est particulièrement bien ficelée et la mise en place du crime tout à fait machiavélique. J’ajouterai que l’ambiance anglaise est un délice, et que, l’espace de cette lecture, je me voyais sur une belle terrasse d’hôtel face à la mer, buvant le thé dans une tasse en porcelaine.

David SUCHET est mon Hercule POIROT préféré

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